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Un mort sans nom, un flic sans enquête, un narrateur sans âge… « Je me rends bien compte que mon récit n’avance pas, mais c’est la vie qui piétine » allègue le narrateur, un pied dans le récit, un pied dans la vie. Un certain Ange Vincent, attablé tous les jours que Dieu fait à la même place –celle du mort- dans le même bistroquet à troquer avec ses congénères lycéens sa science des dissertations contre celle, plus roborative, des « tournées de boissons fortes ». Litre et ratures ne font pas bon ménage avec bons sentiments. Quand on secoue l’arbre généalogique d’Ange, il n’en tombe pas que des enfants de cœur. À preuve, ce faux grand-père, sorte de parrain échappé du milieu et flanqué à présent de deux impayables geishas jumelles, aussi interchangeables qu’imperturbables. Pour le géniteur, on repassera : « Pas davantage question de me présenter comme le fils de mon père. À propos, quel père ? ». Dans son livre foutraque qui se lit tout à trac, Pirotte pirate le roman, le saborde et lance à l’abordage ses compagnons de poésie, des figures tutélaires qui ont pour nom Max Jacob, Armen Lubin, Odilon-Jean Périer. Ainsi la Place des savanes s’invente-t-elle sans cesse sur deux plans, celui de l’identité et celui de l’écriture. Gouailleur et désinvolte, Pirotte contemple un monde épuisé, à mille lieues de notre époque, tout occupée à « la perte sèche de l’esprit d’anarchie et au trou de mémoire ». Il flotte dans ces faubourgs une « atmosphère liquide et fuyante » à la Pierre Mac Orlan, figure de proue de ce roman, qu’il semble dicter d’un coin de table, dans l’ombre.
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